Un défi positif en Nouvelle Aquitaine

A la demande du Conseil régional de Nouvelle Aquitaine le Comité scientifique AcclimaTerra, un comité pluridisciplinaire, vient de produire le rapport « Anticiper les changements climatiques en nouvelle aquitaine », un état des lieux régional pour évaluer les effets du réchauffement climatique prenant en compte toutes les conséquences naturelles, socio-économiques. Ce rapport présenté à La Rochelle le 1er juin fait suite au travail analogue effectué en 2011 pour l’Aquitaine, travail précurseur au niveau d’une région. Cette fois ci l’analyse s’est faite à l’échelle de l’ensemble du territoire de la Nouvelle Aquitaine issue de la réforme territoriale. Les deux rapports ont été pilotés par Hervé Le Treut.

Deux des auteurs, Hervé le Treut (président du Comité scientifique et directeur de l’IPS) et Denis Salles (sociologue à l’IRSTEA), étaient invités le 11 juin par l’AJE (Association des journalistes environnement) à présenter leur travail. Ils en ont donné la méthodologie: un travail d’équipe de 2 ans sous la direction d’Hervé Le Treut, qui a mobilisé 15 scientifiques et le travail collaboratif de 163 experts. Ils se sont inspirés du GIEC, travaillant entre scientifiques, mais pour Hervé Le Treut, c’est un travail différent car le GIEC est contraint par son rôle international, ce qui lui donne sa force mais c’est aussi sa faiblesse. C’est un travail non académique, à la frontière de la science, du politique, appréhendable, avec une large consultation en amont des acteurs, ONG…

Le Comité Acclima Terra veut jouer un rôle dans ce processus souhaitant « apporter dans le futur une aide à ces dynamiques scientifiques indispensables ». Pour Hervé Le Treut, ce travail correspond à ce que cherche la présidence de l’Université. Le travail disciplinaire est très cloisonné. Il faut plus de transversalité des connaissances, il faut que les chercheurs fassent une pause dans l’hyper spécialité pour aller par moments vers une recherche intégrative, parfois faire un pas de côté. Mais le chercheur reconnait que c’est plus facile pour les séniors qui n’ont plus d’enjeu de carrière.

L’échelle régionale apporte une dimension systémique à la définition d’actions d’adaptation au changement climatique. Il est difficile de gérer les flux d’information en continu. On sait regarder le climat à grande échelle et à petite échelle mais entre les deux peu. L’échelle locale est intéressante car quand l’adaptation est bien faite on concilie adaptation/atténuation.

Tous les domaines sont couverts chapitre par chapitre : agriculture, eau, énergie, territoires, biodiversité, climatologie, économie, santé environnementale, qualité des milieux naturels, littoral, pêche, montagne, forêt, sociologie…Mais il donne aussi une large place aux sciences humaines généralement absentes : droit de l’environnement, histoire, sciences politiques… Il propose un bilan des enjeux, des questionnements et des recommandations à destination des décideurs.

L’important c’est la diffusion des données scientifiques, c’est un outil de médiation. Le rapport est consultable sur le site d’Acclimaterra * où acteurs, société civile, ONG sont incités à y réagir car pour les deux scientifiques l’échange est important. Hervé Le Treut se félicite de linitiative étudiante « Climate campus » qui cherche à partir d’événements à sensibiliser les étudiants. Une nouvelle tournée régionale des ambassadeurs, c’est à dire les contributeurs, est prévue en septembre/octobre pour sensibiliser, recueillir, échanger, les réactions, notamment avec le « train pour le climat » dont ce sera la 3è édition.

 

Pour Hervé Le Treut ce sont des messages, plusieurs voies sont possibles, ce n’est pas à nous de choisir, on sent déjà des tensions, c’est aux politiques d’en donner des récits. Il faut une vision éco systémique, aller vers une nouvelle gouvernance. La complexité va conduire à beaucoup de tensions dans certains secteurs notamment :

  • l’agriculture, l’un des points les plus chauds, où le choix devra se faire entre 3 modèles d’adaptation (choix d’espèces, irrigation, répartition spatiale des cultures) ;
  • l’eaudont il faudra assumer les dissensions. Pour Denis Salles qui a coordonné cette partie, les scientifiques ne parlent pas de déficit hydrique mais de mix hydrique, et pense qu’il faudra réfléchir à quelle eau pour le territoire ;
  • le littoral, vulnérable aux aléas d’érosion et submersion marine, où il faudra choisir entre la défense des côtes dont le coût est de plus en plus élevé avec des capacités de financements limitées, et une adaptation plus souple, voire s’interroge Hervé Le Treut une restitution de littoraux à la nature

Il faudra, dit le rapport,  assumer les dissensions et soumettre au choix des citoyens et des élus des scénarios contrastés et différenciés, en informant de leurs conséquences. La complexité des choix à venir pour déterminer un agenda d’action, ne doit pas empêcher une participation et même une appropriation citoyenne du processus crucial pour l’avenir car les choix qui seront faits affecteront tout le monde.

La difficulté pour le Comité scientifique est d’identifier les bons relais pour toucher les décideurs. Il y a 30 ans, on ne voyait pas le problème climatique, dit Hervé Le Treut aujourd’hui on a un peu de temps pour l’adaptation, mais cela ne veut pas dire de repousser aux calendes grecques, il ne faut pas attendre pour agir. Mais Hervé Le Treut insiste sur l’importance de ne pas avoir de réflexions anxiogènes, qui ont un impact négatif : il faut que ce soit un défi positif.

Les chercheurs souhaitent bien entendu que cette initiative régionale se développe dans d’autres régions, mais avec d’autres scientifiques car leurs agendas ne leur permettent déjà pas de répondre aux nombreuses sollicitations émanant de divers acteurs (parcs naturels régionaux, chambres d’agriculture …)

Muriel Labrousse

* : http://www.acclimaterra.fr/uploads/2018/05/Rapport-AcclimaTerra.pdf

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