Peut on déjà parler d’adaptation? Ex en Guadeloupe

Jeudi 20 Octobre sur le pavillon France , métamorphose outremers aux côtés du CEREMA, du CNRS, … pour le Comité 21,  est intervenue sur la résilience des villes îliennes.

Première remarque , la résilience est un terme mal défini , et dans les territoires où se font déjà sentir les effets du réchauffement climatique , on parle déjà d’adaptation . En Octobre 2015, un congrès mondial à Montpellier avait travaillé sur ce terme (cf:http://metamorphose-outremers.com/?p=307 « résilience : une terme à la mode s’il en est. »)                     L’analyse de deux chercheurs Raphaël Mathevet et François Bousquet  aborde  la manière dont réagissent les acteurs aux phénomènes  en quatre phases du cycle adaptatif , un cycle  qui tourne réellement en rond et reporte en permanence les questions :

– Phase 1, face aux changements apparaissent de nouveaux acteurs, un réseau de relation se fixe en auto réorganisation et sans centre organisateur . Les parties prenantes sont isolées , analysent et réorganisent le local bien connu.

Phase 2 , L’agenda des solutions, ou  période de capitalisation ,d’accumulation, de consolidation Cette période apporte des gains d’efficacité mais génère une perte de flexibilité et produit des modèles chargés d’aider la réponse des politiques                                                                   – Phase 3 L’organisation confère une stabilité trop importante qui rend à nouveau le système vulnérable aux nouvelles perturbations imprévues, les connexions se brisent.                                 -Phase 4 : Alors on réorganise dans le chaos de la phase précédente car on se trouve à nouveau dans un cycle d’incertitude important. Penser la résilience  doit permettre d’agir à chaque étape du cycle quand viennent les controverses.

Revenons à l’outre mer.

L’urgence est déjà là. Dans les îles, on parle plutôt d’adaptation . Les risques sont plus immédiats outre mer que pour les villes littorales des territoires qui disposent d’espace pour reculer. A Fort de France ou Pointe à Pitre par exemple vous ne pouvez pas comme à Lacanau mettre en place un plan qui permettrait de reculer la ville de quelques kilomètres. La plupart des îles ultramarines concernées sont volcaniques, organisées avec une montagne au centre et une frange littorale souvent trés peuplée. Comme le dit la députée de Polynésie Maina Sage « Nous ne pourrons guère reculer plus loin «

 Alors comment a été abordée par les acteurs la résilience de ces zones ?

D’abord,par une réaction politique:  Les iles ont décidé de parler d’une seule voix . Les problèmes avaient été identifiés en priorité dans le Pacifique avec la montée des eaux, et dans les Caraibes par les risques cycloniques ; Des risques bien présents mais dont la cause est ailleurs. Les efforts d’atténuation , d’autonomie énergétique sont  importants , mais ne seront guère utiles face à la montée des eaux et à la mutiplication des évenements extrêmes comme les cyclones. A la cop 21, les petites iles ont réussi leur pari : faire comprendre leur spécificité, ne pas être noyées dans le débat général des grands états. Mieux elles ont influé la décision finale repoussant la barre des 2° à 1°, 5. En octobre 2015, le rapport préparé par trois députés représentant  chacun un bassin océanique – l’océan Pacifique pour Maina Sage, l’océan Indien pour Ibrahim Aboubacar et l’océan Atlantique pour Serge Letchimy – avait soulevé les problèmes spécifiques des îles . Ce rapport résultat de trois mois d’audition, s’est ajouté lors de la COP 21 à ceux des petites îles et a largement influé le débat . Les politiques y proposent  de travailler de manière régionale. Selon le député martiniquais Serge Letchimy «  Nous avons su mobiliser pour fédérer nos voisinages, au-delà de nos nationalités, car la question du changement climatique ne fait pas de différence entre les territoires français et les petits États insulaires indépendants qui les entourent. Il y a une logique à travailler au plan régional et à mettre des moyens en commun pour la recherche » . Ce constat politique de concertation régionale s’est accompagné d’une réflexion sur les financements car la première question que les élus se sont posés a été celle de l’accessibilité au Fonds vert. N’ y ayant pas droit en tant que territoires français, Ils ont posé la question de l’éligibilité à des fonds exceptionnels en France et en Europe « afin de permettre à leurs territoires d’être avant-gardistes en matière de solutions, de mettre en oeuvre des stratégies d’adaptation et de fournir aux territoires qui disposent du fonds vert des solutions ». De quoi alimenter des échanges bien utiles ! Pour cela  ils se sont appuyés sur les scientifiques qui apportent une compréhension du fonctionnement des écosystèmes et font des  propositions: IFRECOR, CRIOB pour le corail, l’eau, l’océan;  Le BRGM diffuse aujourd’hui aux élus les analyses et résultats des mauvaises décisions grâce à une meilleure connaissance du fonctionnement global du littoral permet aujourd’hui de remettre en question enrochements, épis, et l’effet domino Le travail mené par ce laboratoire sur la montée des eaux sur la plage de Remire Montjoly en Guyane est éclairant. Aux mouvements traditionnels d e l’Amazone s’ajoute réellement une montée des eaux qui fait reculer plage et piscines du bord de mer

COMPREHENSION MAIS AUSSI PROSPECTIVE

Un rapport de Pascal Saffache maitre de conférence à l’université Antilles Guyane a analysé la question de la montée des eaux dans les Caraibes.Elle prévoit une montée des eaux estimée à 2,5mm par an et en 2050 une montée du niveau de la mer d’au moins 10cm Des chiffres en exemple : en Martinique, 29 communes littorales et 160.000 habitants concernés. En Guyane , un territoire à fleur d’eau et 452km2 concernés,

Ces études permettent de travailler aux solutions :Malheureusement peu nombreuses Pour l’instant , priorité à une solution: redonner plus de terre à la mer c’est à dire faire reculer au maximum les habitations. Dèjà des mesures sont prises pour tenter d’éviter les constructions de bord de mer . Or le recul est trop difficile à organiser pour les élus.Il est mal accepté par les habitants qui ne voient pas le long terme . Souvent le bord de mer est occupé par une route littorale menacée de submersion. Faut il dans ce cas comme à la Réunion construire la route sur la mer ? ou comme en Polynésie construire sur pilotis , solution d’ailleurs interdite par la loi?  Bien évidement les controverses sont nombreuses notamment chez les naturalistes (atteinte aux coraux et fragilités face aux événements climatiques)

La deuxième solution enclenchée consiste à renforcer et protéger les zones tampons que sont les coraux et les mangroves Dix ans après le tsunami de 2004 , les rapports se succèdent et démontrent que sans leur présence,  les côtes auraient été autrement dévastées. 7% des 418 villages touchés par le tsunami ont été protégés par les mangroves.Selon Alain Bondreau du Conservatoire du littoral, « 100 m de bordure littorale plantée attenue entre 1/3 et ½ de la houle » Un récent rapport du PNUE démontre également que les mangroves ont une capacité de captation du carbone trois fois supérieure à celle des arbres de la forêt humide. Un atout capital,  quand chaque tonne de carbone captée compte et que ce fabuleux écosystème disparaît à un rythme trois à cinq fois supérieur au taux moyen de déforestation. L’outremer français est très en avance sur cette question. La présence  des iles dans toutes les mers du globe  fournit à la France la chance de couvrir pratiquement toute la biodiversité de cet écosystème singulier et la mangrove est une incroyable protection contre les houles cycloniques.

  • Le domaine public maritime possède environ un quart des mangroves à ce jour et à la demande de Ségolène Royal, le Conservatoire du littoral se lance dans un vaste programme d’acquisition pour protection : 4000 hectares en Guadeloupe, 500 hectares à Mayotte et un programme de 9000 hectares en Guyane. Les zones humides littorales, dont fait partie la mangrove, sont l’objet d’une attention particulière.
  • Le projet « ManG » -palétuvier en créole- a pour objectif d’impulser une dynamique collective.
  • Huit sites pilotes « laboratoires » du Conservatoire ont été désignés pour mener ce projet. Le but est de développer une « boite à outils » composée de méthodes et de protocoles simples avec les gestionnaires des sites pilotes, en s’appuyant sur les pratiques existantes en outre-mer.
  • Le Conservatoire poursuit ses acquisitions pour mise en protection. La plupart du temps, il suffit d’une simple signature du préfet de région, mais à Mayotte, la zone à protéger de Mamoudzou appartient à un privé et la Guyane met quelques réserves à ces acquisitions. Dans un rapport de l’IFREMER, d’autres conflits d’usage notamment en Martinique sont soulignés.

Dominique Martin Ferrari pour Métamorphose outremers à l’atelier pluriacteurs du Comité 21 sur le pavillon France/Habitat 3 le 20 octobre 2016

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