NOUS NE VOULONS PLUS ÊTRE DES COBAYES

Il faut des contrepouvoirs lorsqu’il y a une omerta sur les données des observatoires de la santé, dont de plus ils ne font rien» a martelé Michèle Rivasi députée EELV européenne le 29 juin lors d’une conférence de presse, d’où cette « marche des cobayes » « pour la vérité et la justice pour la santé environnementale », dont elle est l’une des organisatrices.  Partie de Fos où on constate une augmentation importante de cancers, de diabètes, d’asthmes elle arrivera le 30 juin à Montreuil et Romainville où on a construit sur des sites pollués. L’accent est mis sur la pollution des Antilles françaises par le chlordecone, triste illustration de cette omerta.

Ce pesticide est revenu au devant de la scène avec l’étude « Santé publique France » de 2017 qui montrait que 92% des martiniquais et 95% des guadeloupéens étaient contaminés. Scandale entretenu par l’alerte il y a peu de temps de l’Agence régionale santé Guadeloupe sur la présence de résidus de ce pesticide très toxique dans l’eau du robinet (le filtre au charbon n’ayant pas été changé) et par le temps mis pour informer la population des risques. Rappelons que le chlordecone ne fût interdit en France qu’en 1990, alors qu’il l’avait été dès 1972 aux Etats Unis, où les victimes avaient été reconnues et bien indemnisées. Mais des dérogations ont ensuite été données en France jusqu’en 1993 par trois ministres de l’agriculture successifs, probablement pour écouler les stocks pensent certains.

Le chlordecone est un grave perturbateur endocrinien, c’est un scandale sanitaire qui ne peut rester impuni, insiste M. Rivasi : l’étude de l’ANSEES de 2017 et celles de l’ARS attestent d’un doublement du risque de cancers de la prostate, d’un accroissement de la stérilité masculine, de perte de développement intellectuel chez les enfantsC’est un triple génocide, et le gros problème c’est que personne n’est responsable ! s’insurge la députée. Nous demandons la réparation et la reconnaissance de la responsabilité. Nous demandons que soit inversé la charge : que ce ne soit pas au malade de prouver le lien entre le produit et sa maladie.

Dans tous ces combats que nous menons ensemble à la Commission santé environnement, il y a une constante déplore Younous Omarjee député européen LFI : dans tous ces scandales qu’ils soient français ou européens c’est une omerta organisée au niveau européen, ce sont les intérêts économiques qui priment sur la santé et la biodiversité. Et autre constante, il y a concernant l’Outre Mer une culture de l’oubli, du mépris de ces territoires postcoloniaux, une continuation des crimes. On peut trouver des aspects similaires en Polynésie avec les essais nucléaires. Il y a une dimension politique, scientifique, juridique, sanitaire.

Point de vue partagé par Harry Durimel, avocat à Pointe à Pitre, qui porte les plaintes des associations contre l’Etat « pour mise en danger d’autrui et administration de substances nuisibles ». Il a fallu 6 ans de guérilla pour que la plainte continue d’être instruite après un jugement en cour d’appel à Paris, annulant le vice de procédure. Et pourtant depuis 18 mois ajoute Michèle Rivasi l’instruction n’avance toujours pas. Pour l’avocat il y a eu complicité entre l’Etat, les planteurs et diverses autorités. Il est incidemment rappelé que l’étude lancée en 2013 sur les liens entre le cancer de la prostate et le chlordecone par l’Institut national contre le cancer alors dirigé par Agnès Buzyn, actuelle ministre de la santé, avait été bloquée….

Le sol est contaminé, les poules qui le picorent le sont, l’ANSES préconise des poulaillers sur dalle de béton… tous les aliments sont pollués. Si les bananes ne le sont pas, rappelle les intervenants, la viande, les œufs, les poulets, les poissons de pratiquement tous les cours d’eau…le sont. Il est conseillé de ne pas être locavore… à en juger d’après le rapport de l’Anses de 2017 qui révèle que les moins impactés sont ceux qui s’approvisionnent dans les grandes surfaces…. Nous n’entendons pas baisser les bras, nous lutterons jusqu’à la fin de nos jour pour que justice soit faîte, a conclu Harry Durimel….

M. Rivasi et Y. Omarjee considèrent qu’il y a une coresponsabilité de l’Etat. Y. Omarjee souhaite que son groupe demande une enquête parlementaire parce qu’il faut que toutes les questions soulevées soient posées. M.Rivasi  estime qu’une expertise est nécessaire au niveau européen pour déterminer quels pays pourraient être également contaminés (on parle de l’Irlande, de la Tchécoslovaquie).

Ce scandale pourrait être amplifié par les conclusions de l’Anses qui, saisie pour savoir si les limites maximales de chlordecone dans les aliments étaient suffisamment protectrices, a estimé qu’il était inutile de les abaisser….

Muriel Labrousse

 

 

 

 

Archives Options Futurs

Voir aussi

  • NOUS NE VOULONS PLUS ÊTRE DES COBAYES

    Il faut des contrepouvoirs lorsqu’il y a une omerta sur les données des observatoires de la santé, dont de plus […]

  • Assises de la mer : Sete 14 JUin

    Donner un nouvel élan à l’économie marine Le premier ressenti de cette rencontre est la volonté d’une réorganisation massive des […]

    mediterranéeOcéans
  • 40 ans de PLAN BLEU , en mémoire de Serge ANTOINE

    Le Mardi 5 Juin 2018 , l’association Serge Antoine , le plan Bleu, le Centre d’activités régionales de l’ONU environnement […]