L’implication de Serge Moscovici dans les mouvements écologistes

Voici le texte de l’intervention de Laurent Samuel lors du Colloque international en hommage à Serge Moscovici qui avait lieu les 16 et 17 mars 2017 à la Maison de l’Amérique latine, à l’initiative de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, de l’université Sorbonne Paris Cité, et de ses deux fils Denis et Pierre. Ce colloque, où les écologistes ont brillé par leur absence, a rassemblé plusieurs dizaines de chercheurs de très nombreux pays. Dans son allocution de clôture, Edgar Morin a fustigé les écologistes politiques d’aujourd’hui, qui « n’ont pas lu Moscovici car ce sont des incultes ! » 

C’est au cours de l’été 1972 que Serge Moscovici (qui a publié son Essai sur l’Histoire humaine de la nature 4 ans auparavant) s’engage pour la première fois dans une forme de militantisme écologique en participant à la réalisation et à la présentation dans les campagnes françaises d’une expo photographique itinérante. Sur le thème « écocide = ethnocide », cette exposition crée un parallèle visuel entre la destruction de l’environnement et des modes de vie des Indiens d’Amérique du Sud et des paysans français. Aussi connue sous le titre « Occitanie, Amazonie, même combat », cette expo réunit, aux côtés Serge Moscovici et le documentariste Yves Billon, deux personnages hors du commun : le mathématicien Alexandre Grothendieck (fondateur du mouvement Survivre avec deux autres mathématiciens, Claude Chevalley et mon père Pierre Samuel), mort par un étonnant coup du destin trois jours avant « Mosco » en novembre 2014, et l’ethnologue Robert Jaulin, l’un des premiers à utiliser le terme d’ethnocide. dans le sens d’« acte de destruction d’une civilisation » ou « acte de décivilisation ». « Je me suis engagé avec Robert Jaulin, qui venait de publier un ouvrage sur l’ethnocide, dans la création d’UV pirates et on a constaté que beaucoup de gens étaient sensibles à ces questions. Puis, la création de l’UER d’ethnologie a fait venir beaucoup de monde », racontait Serge Moscovici dans un entretien avec Stéphane Lavignotte (militant écologiste et pasteur) publié en 2000 dans le N° 1 de la revue EcoRev‘.

Entre 1973 et 1977, Serge Moscovici est parmi les quelques rares intellectuels qui fréquentent les Amis de la Terre, qui sont alors la principale force de réflexion et d’action du mouvement écologiste naissant. On le retrouve dans des réunions informelles et tardives chez Brice Lalonde, rue de l’Université, qui héberge alors l’association, où se croisent aussi Kouchner, Bizot, Morin et bien d’autres. En 1973, il publie une tribune à la gloire du vélo dans le N° 3 du Sauvage, et en 1976 un texte plein d’humour dans la Gueule Ouverte sur la « conspiration verte » alors dénoncée par le Journal du Dimanche.

En 1977, Serge Moscovici franchit un nouveau pas dans l’engagement en figurant sur une liste Paris Ecologie aux municipales dans le 13e arrondissement, en compagnie de quelques autres pionniers comme Laurence Bardin, Jean-Paul Ribes ou Dominique Simonnet. En 1978, il est l’un des auteurs, avec Brice Lalonde et René Dumont, du livre Pourquoi les écologistes font-ils de la politique ? (aux éditions du Seuil) coordonné par Jean-Paul Ribes.

Dans les années suivantes, il fera régulièrement partie des comités de soutien des candidats écologistes (notamment celui de Brice Lalonde à la présidentielle de 1981) et acceptera parfois de participer à des listes, comme celle de Génération Ecologie aux régionales de 1992, où il figure symboliquement en dernière position.

Adhérent « historique » des Amis de la Terre et membre du comité de parrainage du RME (Réseau Mémoire de l’Environnement), Serge Moscovici, bien que partisan d’une convergence d’idées entre écologistes et socialistes, n’a jamais fait partie du Parti des Verts. A l’évidence, cet esprit libre, dont on ne soulignera jamais assez l’extrême gentillesse, préférait les mouvements sociaux aux manœuvres d’appareils. C’est sans doute la raison pour laquelle aucun responsable important d’EELV n’était présent à son enterrement, alors que nombre de ministres et anciens ministres socialistes, dont Lionel Jospin, Manuel Valls et Marisol Touraine, avaient fait le déplacement, sans hélas que leur « logiciel » politique se soit durablement imprégné de la pensée de Serge Moscovici.

J’emprunterai ma conclusion à Brice Lalonde, qui, comme Jean-Paul Ribes, m’a demandé de vous dire qu’il regrettait de ne pouvoir participer à ce colloque : « Il trouvait dans l’écologisme naissant, non seulement une de ces minorités actives qui sont les vrais acteurs du changement, mais tout particulièrement la résurgence d’une rébellion cheminant à travers l’histoire qui cherche à vivifier les sociétés humaines en se fondant sur la compréhension de la nature. C’est une grande chance pour les écologistes de l’avoir côtoyé, d’avoir bénéficié de son engagement et de ses conseils. Et toute la question aujourd’hui est d’être fidèle à la force de son message : rester rebelle. Car, plus que jamais, le monde a besoin d’écologie. » Laurent Samuel

Pour en savoir plus : https://remosco.hypotheses.org/

 

 

 

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