Avant Marrakech, la France clot sa présidence

Ce 4 Novembre, à partir de 18h 30 les plus beaux monuments de Paris seront mis en lumière pour fêter l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, et tout le week-end, de nombreuses activités gratuites se dérouleront rive gauche pour fêter l’événement Le même jour la France quittera la présidence de la COP climat pour la remettre au Maroc avant l’ouverture de la COP 22 à Marrakech.

Le contrat de la Présidente française, Ségolène Royal a été rempli. Toute l’année elle a pris son bâton de pèlerin afin de persuader les états de l’importance historique du texte A ce jour 86 pays sur 193 ont ratifié, représentant 62% des GES, et chaque jourde nouveaux états déposent leurs instruments de ratification devant la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Pour parvenir à ce que de nombreux observateurs ont considéré comme un exploit (car il est rare de voir une convention internationale ratifiée dans un laps de temps aussi court) il lui fallait atteindre cette barre fatidique des 55% des pays représentant au moins 55% des émissions, avant la date limite du 7 Octobre. Au delà de cette date le programme de travail de Marrakech aurait été reporté à 2018 et renvoyé à la COP 23

Désormais il ‘ y a plus qu’à….

Elle a réussi, l ‘accord est signé et ratifié. Maintenant il faut agir

La Ministre présidente aimerait présenter sur la table des négociations à l’ouverture de la Cop 22 le 7 Novembre, des réponses à de nombreuses questions restées en suspend à Paris: quels seront les nouveaux mécanismes du marché, de l’adaptation des pertes et dommages, des financements, des mécanismes de transparence bref comment permettra t on également aux PVD de mettre en œuvre leurs engagements.

Mais à Marrakech on va aussi passer au peigne fin , le fameux agenda des solutions. Celui qui a tant plu aux communicants avides de petits gestes positifs. L’évaluation va en être confiée à de grandes coalitions qui vont s’ajouter aux 70 existantes : initiative africaine sur les ENR, alliance solaire internationale, adduction d’eau à partir du solaire, autonomie énergétique des petites villes, systéme d’alerte Précose, coalition prix carbone, Océan/climat, pacte eau, alliance mondiale pour le bâtiment…Chacune de ces coalitions travaillera sur les métiers à former ou créer et dans l’esprit onusien c’est à dire avec toutes les parties prenantes et elles doivent se mettre en place avec la participation effective des ONGs . Cela se fera t il partout ? Certes il y aura l’efficacité de laisser ceux qui savent aux manettes , mais ne risque t on pas de voir se former de nouveaux puissants lobbies ?

Qu’espère t on de Marrakech ?

« Que toutes les décisions soient prises avant 2018 et pour cela il nous faut inventer une ingénierie nouvelle pour que semaine après semaine soient finaliser les textes d’application de cette course planétaire « répond Ségolène Royal. Effectivement tout dérapage dans le temps pourrait être catastrophique car nous sommes déjà bigrement en retard ! Avec cette position la ministre souhaite surtout porter un message fort « nous devons renforcer l’ambition des contributeurs nationaux. Pour l’instant l’effort est insuffisant le bilan qui sera régulièrement fait tous les cinq ans devrait y aider »

On l’a compris le nœud de toutes les décisions sera celui des contributions nationales , les fameuses NDC. C’est de l’efficacité de chacune des politiques nationales que ressortira l’acceptabilité de l’accord à – 2° et la crédibilité des propositions de mix énergétique.

Pour cela un nouveau processus la CMA va être mis en place. Il sera garant de la dynamique revue tous les cinq ans du processus d’engagements .Tous les cinq ans , le pays fera une nouvelle contribution qui devrait être meilleure que la précédente Chaque document va être discuté pied à pied . Cette surveillance permanente devrait permettre de légitimer les actions domestiques et de vérifier la bonne mise en place des données de l’accord.

Ouverte à Marrakech la CMA va vivre sa vie pour une analyse pointue en 2018 . On saura alors si les choses sont bien ou mal parties, si l’effort se poursuit au bon rythme et il faudra trouver les moyens de corriger.

Le processus qui s’ouvre est donc dynamique bien loin des engagements politiques d’antan. En termes diplomatiques c’est un point de vue nouveau. Le peuple doit être associé aux décisions du parlement et l’on adopte ce que les anglais appellent « le montre du doigt ». (Encore faut il avoir des dirigeants qui aient honte d’être montrés du doigt ! ) Cela implique une surveillance et une responsabilité d e l’ensemble de la société

 

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.                                                                                     Si la France a réussi ses négociations internationales, elle est moins bonne pour son engagement domestique.

Après des mois de négociations, la fameuse PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) vient d’être publiée. Elle fixe la trajectoire des différentes sources d’énergies pour atteindre les objectifs fixés par la loi.

Publiée sous la forme d’un décret, elle fixe la trajectoire d’évolution du bouquet énergétique de la France (pétrole, nucléaire, éolien…) d’ici à 2023, avec deux objectifs principaux : une réduction de la consommation finale d’énergie de12% en 2023 et de 22% pour les énergies fossiles et une accélération du développement des énergies renouvelables

Mais comme d’habitude en matière d’énergie le message reste flou du fait de l’incertitude nucléaire

La loi sur la transition énergétique, dont la PPE est le guide prévoit de passer de 75% à 50% d’électricité d’origine nucléaire en 2025, soit une fermeture de 21 à 23 réacteurs dans les sept ans selon Greenpeace. La loi obligerait en outre EDF à élaborer « un plan stratégique compatible avec les orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie » dans les six mois.

Mais le texte final semble avoir oublié tout chiffrage, et seule la fermeture de la centrale de Fessenheim est mentionnée. Or son arrêt seul ne suffira pas à atteindre l’objectif fixé. Cette « cohabitation » (mix énergétique/nucléaire) sape le développement des ENR comme ce fut le cas en Guadeloupe en Décembre 2015 avec l’ouverture au port de Pointe à Pitre d’une nouvelle centrale thermique alors que venait d’être atteints par la région 14% d’efficience énergétique supplémentaires

En outre, toutes ces mesures impliquent que les connaissances dont disposent les pays en développement soient au même niveau que les nôtres, ce qui n’est bien sûr pas le cas actuellement.

Derrière la mise en œuvre de l’accord de Paris c’est donc toute une révolution scientifique mondiale qui se dessine. Nous y reviendrons

Dominique Martin Ferrari

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