DOSSIER : LA GUYANE EXPLOSE

Un territoire grand comme l’Autriche, une population équivalente à celle de la ville de Montpellier (260.000h) et un conflit qui semble insoluble.Essayons d’y voir plus clair au delà des annonces lapidaires.

Entre 1993 et 2016, j’ai sillonné ce pays, produit plus de 26 documentaires, soit plus de 10h d’images qui ont été diffusées sur France ô ou France 5, documentaires sur la forêt tropicale, la biodiversité, l’agriculture, la filière bois. Des séries de portraits tracés en immersion chez les Hmongs, les Buschinengués, les Amérindiens.Des plongées dans les mystères d’hier et d’aujourd’hui Et surtout en 1992 le suivi du débat sur le zonage de la forêt guyanaise et d’un territoire dont le foncier est alors à 95% domaine d’Etat et qui trouvera seulement en 2005 sa législation actuelle via la loi forestière et du décret de 2008 qui l’appliquera au territoire guyanais :La Guyane était presque vide. C’est ce qui a autorisé l’Etat français à se l’approprier. Depuis vingt ans, elle connaît une croissance démographique accélérée. En 2008 : 220.000, aujourd’hui 260.000 et 400 000 habitants prévus en 2030accompagné d’un chômage important et d’une forte dépendance économique.

La Guyane était (est) majoritairement peuplée de créoles. Mais plusieurs peuples premiers revendiquent leurs droits sur leurs terres : les amérindiens et les bushinengués (les hommes de la forêt descendants des noirs marrons (http://interdits.net/interdits/index.php/Les-negres-dela-foret.html

A Cayenne, Kourou, Saint Laurent, que demande t on ? Là où la population explose, se multiplient les revendications de constructions de logements et de retro cession foncière.Elles restent inaudibles à Paris. Cela va de la construction d’un internat pour les jeunes lycéens amérindiens qui ne peuvent être accueillis durant les week-ends, à la crise sanitaire des hôpitaux de Saint Laurent qui sont surchargés, en passant par les grands laboratoires français pris entre le marteau et l’enclume auxquels on impose une loi française sur la biodiversité non adaptée aux textes onusiens, ni à leurs réalités. Rien ne va plus depuis longtemps, depuis que l’orpaillage illégal se répand, depuis que les tribus du sud réclament électricité et dignité de vivre, depuis que s’ouvre la frontière par un pont inauguré sans que ne soit réglé les questions de visas.Alors comment en sortir ? La mobilisation date mais s’est radicalisée avec la venue de Ségolène Royal à la Conférencede Carthagène sur la mer Caraïbes. La Ministre se prend de plein fouet la colère des habitants qui attendent depuis plus de six mois le déblocage du pacte d’avenir qui devrait permettre de répondre aux demandes. Elle va débloquer la situation grâce à un coup de fil au Président, et le président de la CTG (collectivité territoriale guyanaise, fusion département/région) Rodolphe Alexandre qui a si longtemps retenu la vapeur, accepte de signer le pacte si souvent promis : 200.000 hectares de foncier (les élus en réclamaient 100.000) , un doublement de la route Cayenne Kourou, des aides sociales.. ? Dix jours de pression s’organisent alors pour obtenir ce qui a été promis

Ce sera peut être suffisant, mais trop tard. Même le préfet a laissé se développer une contestation qui s’exprime par la voix « des 500frères » censés pallier l’impuissance régalienne de l’état en matière de sécurité. De jour en jour, ils ont pris la tête des contestations et manifestations. Ils conduiront les plus grosses manifestations du territoire tout en préservant, il faut le reconnaître, les violences Les manifestants ne veulent plus rencontrer les délégations interministérielles et entendreleurs vaines promesses.

Qu’y a t il derrière les revendications sociales et économiques affichées ?Comme tous les territoires outre-mer, la Guyane a été peuplée il y a seulement quelques siècles et l’équilibre imposé par les créoles (assimilationnistes) en lien avec l’état français est entrain de basculer, car les minorités se lèvent.

Les tribus d’origine amérindiennes revendiquent leurs droits sur la terre et sur leurs biens (gibier, bois, vivant)

Les bonis et bushinengués le long du Maroni se sont multipliés. Ils seront demain représentés au Conseil proposé par Chantal Berthelot.

Les « chinois », les « libanais » silencieusement ont pris les manettes de l’économie

Quant aux brésiliens ils affluent sans vraiment avoir le loisir de partager une économiequi ne peut déployer ses ailes.« De récents etimposants flux migratoires, venus des pays pauvres de la Caraïbe, de l’Amérique du Sud et de la France elle-même, ont alors convergé vers ce département français et bouleversé la vie des Guyanais. » nous dit l’historien Serge Mam Lam Fouck http://www.ibisrouge.fr/fr/livres/comprendrela-guyane-d-aujourd-hui

Il ne suffira pas d’une convention internationale comme celle de Carthagène qui pourtant tentait de ré intégrer cette partie du monde dans sa région Caraïbes, ou d’une petite reconnaissance des droits coutumiers pour retrouver la légitimité amazonienne. La Guyane est dans une situation de recherche identitaire et surtout de mise en question d’autorités qui ne semblent plus légitimes. Les « créoles » ne forment qu’une partie de la population, et les revendications culturelles des Amérindiens ou des Bushinengés tendent à s’affirmer, d’autant que la démographie des premiers s’est redressée de manière spectaculaire Les populations désormais sédentarisées en Guyane, font des enfants en grand nombre, puisque la Guyane enregistre l’un des plus forts taux de natalité au Monde. Pour Serge Mam Lam Fouck la question posée aux guyanais est celle du vivre ensemble et de sa gouvernance. La Guyane est en basculement, se cherche et écrit son histoire, enfermées dans le cercle vicieux de la dépendance économique, et confrontée aux défis que posent les contraintes de l’immigration récente.

Dominique Martin Ferrari

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